Entretien avec une Vampire
Extrêmiste et mégalo, "Maîtresse Trinity" est un personnage à part dans le paysage SM et DS français. Elle jongle avec les masos le jour, broie des internautes le soir, et se fourvoie dans des partouzes glauques la nuit. Elle claironne sa supériorité sur son blog, mais tient encore plus à entretenir un mystère et une suspicion autour d'elle et de son microcosme. Pour certains, cette rousse exhib est comme un rêve inaccessible. Pour ceux qui ne l'aiment pas, c'est une dingue, une mythomane et une impostrice. Pour ceux qui s'en foutent, c'est une énigme. Peut être qu'elle est surévaluée. Ou peut être le contraire. Impossible de savoir ou alors il faut l'essayer. La lecture de son blog donne la nausée ou file une trique du tonnerre. Parfois c'est les deux. On peut sourire ou se poser des questions sur elle et sur nous aussi. Elle a le don de nous mettre en face de nous mêmes. Mais une chose est sûre : se retrouver entre ses mains, c'est aussi attirant que d'affronter sur le ring un Mike Tyson défoncé au crack. Et pourtant on a tellement envie d'y aller ! Je tente la lâcheté : une rencontre pour bavarder. Juste pour bavarder. Je lui explique mon fétichisme (les interviews et les interrogatoires). Et j'attends.
Difficile de rencontrer la dame. Son blog dit que la voir est un "aboutissement". Cette fine psychologue est très habile pour créer le désir mais encore plus douée pour le transformer en frustration. Mais le fait-elle vraiment exprès ? L'aboutissement, c'est ce que j'ai senti moi aussi quand mon portable a bippé pour l'entendre me dire qu'elle acceptait enfin de me recevoir... Trente secondes de conversation au téléphone... neuf mois après lui avoir fait ma demande...
Huit jours, quatre heures de tgv et un taxi plus tard, j'arrive dans le château hanté qu'elle a malinement décrit sur son blog. Je vois un grand pré vert, une petite écurie, un gros manoir bourgeois qui doit dater de Matusalem, une forêt d'un côté et des vignes de l'autre. Première surprise : le décor du donjon de Madame Trinity est à la fois beau et reposant et ne file pas la chair de poule. On y viendrait presque pour prendre des vacances, et s'étaler au soleil en sifflant quelques pastis et en regardant ses soumises se lécher dans la piscine. Difficile d'imaginer que dans cet endroit il y a des types qui hurlent et des travelos qui s'humilient. Arrivé au perron, je croise un grand portier bourru, puis une jolie blonde avec des seins énormes (miam), puis une jolie maghrébine un peu méprisante et carrément désagréable (merci mademoiselle), puis une belle asiatique au regard fuyant, et enfin on me fait accéder au boudoir de la redoutable rouquine coquine. Deuxième surprise : beaucoup de barrages, de précautions, beaucoup de méfiance, des caméras, une cloture électrique et tout le toutim. Rencontrer Sarkozy doit être moins compliqué. A-t-elle peur de quelque chose ? Ou bien joue-t-elle à l'inaccessible ?
La porte s'ouvre. Je vois sa grande silhouette détendue qui s'avance vers moi. Pas un regard pour moi mais pour sa bibliothèque qu'elle caresse des yeux. Elle s'approche encore. Calme, sure d'elle, impressionnante. Une aura de féminité qui ne la quitte pas. Je jette un oeil : pas de regard de tueuse, et de pas de sabre japonais à l'horizon. Ouf, je vais éviter le découpage façon Kill Bill. Me sentant presque en confiance je lui baise la main qu'elle me tend en bon gynarchiste que je suis. Plus près d'elle, je suis surpris par sa voix grave, sa présence animale et son regard magnétique. Elle est ravissante et le sait très bien. Elle me détaille sans gêne façon inquisitrice avec un drôle de sourire bizarre. A croire qu'elle sait lire à travers les slips. Il faut dire que j'ai encore dans le cerveau l'image de son postérieur qu'elle a diffusé sur son blog. Difficile de pas être nerveux tant elle me dévisage et me fouille le cerveau avec ses yeux lazer. On dirait qu'elle cherche quelque chose dans les yeux. Ses yeux à elle sont comme des scalpels. J'arrive à me reprendre et je m'installe dans le fauteuil qu'elle m'indique afin de commencer cette interview. La soubrette asiatique nous sert un thé à la menthe en silence pendant que la diva éteint ces portables. J'allume mon dictaphone.
Durant cette entrevue, je n'arrive pas à me détendre. Elle me le fait remarquer. Je m'accroche aux accoudoirs du fauteuil. Je suis et je reste sur mes gardes, sans doute impressionné par son charisme et sa réputation d'ultra-violente. Comme si une menace pesait sur ma tête. Comme si je sentais qu'elle pouvait changer d'humeur à tout moment. Lorsque je regarde mes notes, je me dis que mon humour lui plaira pas. Que mes provocs vont la mettre en rage. J'hésite. Trinity est comme les chats : son visage peut changer d'expression 40 fois par minutes avec une rapidité fulgurante. Le regard est vif et rien ne lui échappe. Elle me regarde comme si j'étais à poil. On sent qu'elle cogite. Elle a du en voir passer des loulous dans mon genre. Elle n'en pense pas moins. Imprévisible. Insaisissable. C'est une séductrice hors pairs, agréable, chaleureuse, mais il suffit d'un détail pour qu'elle devienne tout à coup froide comme la banquise. L'espace d'un instant j'ai même imaginé que la dame était très perturbée, cyclothymique. Mais au final, devant son naturel, son élocution parfaite, la précision de ses mots, j'ai changé d'avis. Elle est d'une spontanéité totale et ne cache rien : son passé, son parcours surprenant, sa sexualité, elle n'évite aucune question. Super sincère, honnête. Pas de démonstration de force. Elle rit volontiers à mes blagues. En plus elle a été gentille je vous dis. Alors violente, barrée, nympho ? Oui ça se sent. Mais le tout avec l'élégance d'une Lady.
Je suis reparti perplexe. Déçu par son humanité, crétin que je suis. Impressionné par son esprit et sa cohérence. Foudroyé par son charisme. Dérouté par son emprise sur moi. Mais convaincu de sa supériorité. Elle n'a rien fait pour me dominer. Mais je me suis quand même fait avoir. Je ne ferai jamais partie de son "cheptel", parce que je sers déjà quelqu'un. Mais j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose. D'une femme et d'une aventure. Et je pense que c'est ça son pouvoir. Créer le manque d'elle.
Entrevue avec Maîtresse Trinity, dominatrice professionnelle à Bordeaux (Gironde), le samedi 18 octobre 2008 :
Guillaume : Bonjour, et merci de me recevoir dans votre repaire de louve solitaire, Madame Trinity. Mais dois-je vous appeler Madame même si je ne suis pas votre soumis ?
MT : Tu m'appelles comme tu veux. Maîtresse ou Madame, c'est très bien.
Guillaume : Sachez que c'est un bonheur pour moi de vous rencontrer. Avant, j'aimerais savoir ce qui vous a fait me recevoir ?
MT : J'étais intriguée par ton fétichisme et je trouve que c'est une idée sympathique.
Guillaume : Merci Madame. Pourriez-vous vous présenter brièvement s'il vous plait ?
MT : Je suis une femme de trente huit ans qui vit pour elle et qui utilise les pratiques BDSM afin d'être la plus proche possible d'elle même.
Guillaume : A quel âge avez-vous découvert l'univers sado maso ?
MT : J'ai découvert le monde BDSM vers l'âge de 18 ans. Mais je m'étais révélée dominante un peu avant, vers 14 ou 15 ans.
Guillaume : Comment s'est produite cette révélation ?
MT : Il s'agit d'un jour particulier. Je raconte ?
Guillaume : Oui, s'il vous plait, Madame.
MT : C'était un jour de cours au collège. J'étais en retard, très en retard. Je suis entrée dans la salle de cours, et tout à coup tous les regards se sont fixés sur moi. J'ai senti un silence pesant, et personne ne bronchait.
Guillaume : Que tout le monde vous regarde, c'est normal, puisque vous étiez en retard...
MT : Oui, mais c'est le regard des autres qui m'a intriguée. Ce n'était pas un regard dans le genre "qu'est-ce qu'elle foutait, elle était passée ou ?", c'était des regards soumis.
Guillaume : Des regards soumis, c'est à dire ? Vous aviez sorti un fouet de votre cartable ?
MT : (elle rit) La classe entière semblait pétrifiée par ma présence. Je me souviens que ce jour là je ressentais un grande force en moi, je n'avais peur de rien ni de personne. Et je ne redoutais pas les réprimandes du professeur, pas plus que je n'avais peur du regard des autres.
Guillaume : Vous aviez un regard de défi.
MT : Non, pas un regard de défi. Pas un regard agressif non plus. J'étais à la fois calme, posée aussi, sûre de moi, et je me sentais indestructible.
Guillaume : C'est donc ça le déclic ? J'imaginais autre chose.
MT : C'est marquant pour moi... Le professeur n'a rien dit, et lorsque je l'ai regardé dans le blanc des yeux en attendant qu'il me sanctionne, il a baissé le regard. Beaucoup de mes camarades ont baissé le regard aussi. Je me suis assise et le cours a repris.
Guillaume : Vous vous êtes imposée finalement ?
MT : C'est exactement ça... Je me suis imposée. Sans provocation, sans insolence, sans violence. Je suis arrivée, et je pense que les autres ont compris que ce retard était une condition, ma condition. Il leur fallait l'accepter et ils n'avaient rien à dire.
Guillaume : Vous avez senti un pouvoir en vous ?
MT : Oui. J'ai compris que j'avais un pouvoir en moi et sur les autres tant que j'étais insoumise à un système, que j'étais mon propre système, et que mon insoumission restait sereine.
Guillaume : Pourquoi ce déclic ce jour là, et pas avant ou après ?
MT : Je n'en sais rien, mais je cherche. Il y a forcément une explication.
Guillaume : Vous étiez belle à cet âge ?
MT : (elle rit) J'avais quelques kilos en trop, mais le regard était le même.
Guillaume : Vous pensez que si vous aviez été laide, vous auriez provoqué le même effet ?
MT : J'en suis persuadée.
Guillaume : Comment on passe d'une salle de cours à un donjon SM ?
MT : Le chemin est un peu tordu. Mais il reste logique... C'est long à raconter.
Guillaume : A partir de ce jour, en tous cas, vous avez été respectée.
MT : Totalement. Sans faire d'efforts, sans jouer de rôle, je m'imposais naturellement dans toutes les situations. On me respectait naturellement, on m'abordait avec le doigt sur la couture du pantalon.
Guillaume : Même auprès de vos parents ?
MT : (silence) Mon père et moi avons eu des rapports distants, presque militaires, une sorte de respect mutuel. Je me souviens que chaque fois que nous nous parlions, nous nous tenions très droits, comme deux officiers qui discutent dans la cour d'une caserne, tu vois. Ma mère je ne l'ai pas connue, elle est partie à ma naissance, et ensuite elle est décédée.
Guillaume : Que faisait votre père ?
MT : Mon père était colonel de Gendarmerie. J'ai grandi dans une caserne.
Guillaume : Vous pensez que ça a joué ?
MT : Par rapport à ce que je fais aujourd'hui ? Oui certainement. La discipline, la rigueur, la patience, l'endurance, le fait de gagner ses galons, ce sont des choses qui me fascinaient.
Guillaume : Et votre mère ?
MT : Ma mère était une italienne, une romaine très snob. On pourrait dire que c'était une poule de luxe, une sorte de putain qui gravitait autour des bonnes planètes.
Guillaume : Une putain ?
MT : Oui, elle se faisait entretenir par des hommes, et quand ils n'avaient plus assez d'argent elle changeait de cheval... Je dis "putain" dans le sens noble du terme.
Guillaume : C'est ce que vous a raconté votre père...
MT : C'est ce que j'ai su après avoir enquêté sur elle. Mon père l'aimait beaucoup, il n'a jamais dit de mal d'elle.
Guillaume : Votre personnalité est donc un mix entre votre père et votre mère.
MT : En grande partie oui. La rigueur et l'exigence de mon père, le côté dépravé, lubrique et manipulateur de ma mère.
Guillaume : Vous avez souffert du manque d'une mère ?
MT : Consciemment non. Je savais peu de choses sur ma mère, hormis qu'elle n'était pas faite pour être mère. Elle était... volage.
Guillaume : Et inconsciemment ?
MT : Fatalement. Mais j'ai absorbé ma mère dans ma personnalité pour la sentir en moi. (elle réfléchit) J'ai grandi dans un univers d'hommes, une caserne, et je n'avais personne pour me protéger. L'absence de mère m'a été utile finalement.
Guillaume : Mais ça a été dur, non ?
MT : Un peu... Tous les apprentissages sont durs. Etant fille d'officier, j'avais quand même un statut privilégié.
Guillaume : Vous aviez des copines ou des copains durant votre scolarité ?
MT : J'avais deux ou trois bonnes amies, avec lesquelles j'ai fait quelques jeux lesbiens d'ailleurs. Pas d'amis hommes, car ils ne s'approchaient pas de moi.
Guillaume : Vous leur faisiez peur ?
MT : Pour certains oui, les autres étaient gênés, ou méfiants.
Guillaume : Vous n'aviez pas de petit ami, vous n'aviez pas envie de flirter ?
MT : Si bien sûr, j'étais attirée par les garçons. Mais je voulais qu'ils se comportent avec moi selon mes conditions. La plupart d'entre eux avait peur de ne pas être à la hauteur, je leur en demandais trop.
Guillaume : Trop sentimentale ?
MT : (elle rit) Non, si j'avais été trop sentimentale, je les aurais suivis en enfer ! J'étais trop exigeante, très chiante, je voulais des choses précises, des comportements précis au moment où j'en avais envie.
Guillaume : Comme toutes les femmes...
MT : Exactement. Sauf que moi je ne m'attendrissais pas devant leur impuissance ou leurs petits défauts. Je voulais le meilleur d'eux.
Guillaume : Et vous les satisfaisiez, vous ?
MT : La question ne se posait pas puisqu'ils étaient fascinés par moi. Je ne faisais aucun effort. C'était à eux de les faire !
Guillaume : Vous avez donc méprisé les hommes très tôt.
MT : (elle se raidit) Non, certainement pas. Je n'ai jamais méprisé les hommes. J'ai constaté leurs limites, c'est autre chose. Et mes exigences les poussaient à franchir leurs limites, à faire mieux. Et ça m'amusait de les voir faire des pieds et des mains.
Guillaume : Sexuellement, vous commenciez à les dominer ?
MT : Oui, bien sûr, un peu plus tard. Sans avoir jamais entendu parler du SM, je les attachais, je me plaçais sur eux, je leur demandais de me lécher les pieds.
Guillaume : Certains ont refusé ?
MT : Il y en a un qui a refusé, je me souviens. Je lui ai dit que tout était fini et je suis partie. Il ne comprenait plus rien, et il pleurnichait que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. D'autant que je m'en servais comme portefeuilles, il m'offrait tout ce que je lui demandais.
Guillaume : Vous ne lui avez pas fait une prise d'aïkido ?
MT : (elle rit) J'avais entamé les arts martiaux, c'est vrai, mais non. Par contre, j'en giflais certains pendant l'acte, je les étouffais, et ce que j'aimais faire par dessus tout, c'était jouir et ensuite aller m'habiller.
Guillaume : Vous les laissiez comme ça ?
MT : (elle est morte de rires) Oui, ils étaient encore en érection quand je quittais leur chambre. Les pauvres, quand j'y repense.
Guillaume : Bondage, sadisme et frustration, vous commenciez votre carrière alors ?
MT : On peut dire ça. J'avais un vrai plaisir à les voir frustrés, à les voir avoir mal.
Guillaume : Vous étiez aussi douée que Sharon Stone dans Basic Instinct !
MT : (elle rit encore) Bon film...
Guillaume : Comment est venue la découverte de l'univers sado maso ?
MT : Pas très original, j'ai lu Sade. La Philosophie dans le Boudoir pour commencer. Ensuite j'ai lu tous les autres. Masoch, et d'autres...
Guillaume : Pourtant ce sont les femmes qui sont soumises dans Sade ?
MT : Globalement oui, mais dans mon esprit j'inversais les situations. Et j'ai compris qu'il y avait un esprit, mais aussi une technique, et surtout beaucoup d'imagination, une liberté totale.
Guillaume : Votre première séance SM ?
MT : J'avais 17 ans. C'était avec un petit ami. Je les collectionnais. Je l'ai giflé, puis je l'ai fouetté avec sa ceinture, ensuite je me suis assise sur son visage, ce qu'on appelle un facesitting aujourd'hui, et je voulais l'étouffer.
Guillaume : Et après ?
MT : Et j'ai compris que si je l'avais tué de cette manière mon orgasme aurait été dix fois plus puissant.
Guillaume : Ah oui, carrément. Mais il n'y a pas de morts dans Sade.
MT : C'est faux. Il y en a.
Guillaume : Mais c'est un délire dans son esprit ?
MT : Je crois qu'il y a une pulsion de mort chez tous les vrais sadiques. Une pulsion de meurtre plus précisément, qui est plus développée chez eux.
Guillaume : Vous l'avez ?
MT : C'est évident. Je l'ai toujours eue.
Guillaume : Et quelle est la différence entre vous et un fou qui tue tout le monde ?
MT : La frontière est large, je pense. Je parviens à me maîtriser avant de penser à maîriser les autres.
Guillaume : Ce petit ami était consentant ? Vous l'avez forcé ?
MT : Je lui avais dit que je lui ferais une petite spécialité. Il s'attendait sans doute à une fellation... (elle rit) A l'époque, les jeunes filles qui faisaient des fellations étaient rares. Il a eu droit aux spécialités. Je l'ai complètement forcé, je dois le dire. Il était trop pétrifié pour se débattre et quand il essayait de se dégager je lui faisais des clés de bras.
Guillaume : Ah enfin les arts martiaux !
MT : (elle rit) Oui, il faut bien que ça serve dans la vie de tous les jours.
Guillaume : Trouviez-vous cette situation normale ?
MT : Excellente question... (elle réfléchit) C'est une question que je ne me suis pas posée. Je savais que j'avais envie de cela, alors je l'ai fait. C'est plus tard que j'ai réfléchi à cela.
Guillaume : Et ?
MT : La normalité c'est toujours celle des autres. (elle sourit)
Guillaume : Vous n'avez pas eu de problèmes par rapport à ce petit ami ?
MT : Non, les garçons étaient trop fiers pour dire qu'ils s'étaient faits dominer par une jeune fille. Ils gardaient ça pour eux.
Guillaume : Comme les adultes ?
MT : Oui, certainement.
Guillaume : Et là, vous avez commencé à vous intéresser au SM ?
MT : Oui, j'avais dans ma classe au lycée, un camarade dont le père tenait un commerce bureau tabac. Il y avait des revues sm et fetish. Je lui ai demandé de me donner quelques revues.
Guillaume : Et vous lui aviez promis quoi en échange ?
MT : Rien. Je le lui ai demandé et il l'a fait.
Guillaume : C'était quoi comme revues ?
MT : Je ne me rappelle plus les titres. Il y avait surtout beaucoup de textes et peu d'images. Mais les descriptions étaient très bien faites. Ça stimulait un peu mon imagination. Mais je me souviens avoir été profondément déçue par ces revues.
Guillaume : Pourquoi ?
MT : Ça n'allait pas assez loin. Je voyais des gens qui s'amusaient et rien n'était sérieux dans leur esprit... Du moins dans ce qu'ils racontaient.
Guillaume : Et qu'en avez-vous déduit ?
MT : J'ai pensé que soit j'étais une malade, soit ces gens étaient des fumistes. Je n'ai pas voulu répondre à cette question tout de suite, et je l'ai laissée en l'air pendant quelques années. En tous cas j'ai admis le fait que si j'allais plus loin dans la découverte de ce monde, je serais continuellement déçue par ce que je verrais.
Guillaume : Vous ne faisiez pas la différence entre le fantasme et la réalité ?
MT : (elle devient sèche) Non, ce n'est pas ça. Je ne pouvais pas concevoir que le SM soit juste un fantasme. J'avais compris que ce monde était sans doute le seul espace de liberté possible, le seul endroit où la société n'existait pas, ou les valeurs, la morale et les principes n'avaient plus lieu d'être. C'était un nouveau monde à conquérir et à vivre pleinement, jusqu'au bout.
Guillaume : Je comprends. Mais la liberté elle est peut être dans l'esprit justement ?
MT : La liberté peut se mettre en action. Quand tu sais les horreurs qu'ont commises Caligula ou Neron, tu comprends ce que je veux dire.
Guillaume : Oui, mais là on est carrément dans l'abominable.
MT : Il n'est pas nécessaire d'aller au bout de l'horreur. Amorcer le chemin est déjà bien.
Guillaume : J'ai lu deux références aux crimes nazis sur votre blog.
MT : Exact... (elle devient grave) C'est un sujet sur lequel je réfléchis beaucoup. Je me souviens avoir été marquée par le Salo de Pasolini. Et j'ai été marquée aussi par la réaction de cette soumise qui a pleuré devant mes actes.
Guillaume : Ah bon.
MT : Oui, je l'ai écrit entre les lignes d'ailleurs, mais elle m'a véritablement atteinte.
Guillaume : Atteinte ?
MT : C'est cela.
Guillaume : Mais vous expliquez que vos victimes à vous sont consentantes.
MT : Oui, mais ce n'est pas necessairement vrai... Du moins, la notion de consentement est très particulière et très complexe dans ma domination.
Guillaume : Vous pensez que vous auriez été une tortionnaire à l'époque nazie ?
MT : (elle réfléchit) Ce que je sais, c'est que chaque fois que j'ai vu des films ou des documentaires sur la shoah, je me suis toujours placée dans la peau des tortionnaires. Je n'arrivais pas à me projeter autrement.
Guillaume : C'est terrible, ça a du être abominable pour vous.
MT : C'est vrai, ça n'a pas été facile. Ça ma hantée. Au début j'ai pensé que j'avais peur de souffrir. Et en fait je me suis rendue compte que ce côté tortionnaire était profondément ancré en moi.
Guillaume : Et ça a changé ?
MT : Le côté tortionnaire, non. Mais avec le temps, je parviens à me mettre dans la peau des victimes de la shoah. (elle réfléchit) Tu sais, je crois que se mettre dans la peau des victimes est bien plus abominable encore. C'est juste beaucoup plus moral.
Guillaume : Donc vous avez de la morale quand même.
MT : C'est la seule question sur laquelle je puis en avoir, oui. Je pense que c'est la shoah qui m'a faite comprendre mon humanité.
Guillaume : J'ai lu un autre article ou vous dites vous être inspirée du regard d'Hitler.
MT : C'est exact.
Guillaume : Je suis juif, je vous le dis, et je trouve ça moyen tout ça.
MT : Je comprends. Mais ce qui m'intéressait justement, c'était l'inhumanité de ce regard. Et c'est un regard, ou plutôt un état d'esprit dont je dispose parfois.
Guillaume : Mais qu'est-ce qui se passe dans ces moments là ?
MT : Je n'en sais rien. J'ai essayé de l'expliquer, mais je n'ai pas trouvé les bons mots pour cela.
Guillaume : A ce moment là, la mort par exemple, est envisageable ?
MT : C'est exactement ça, oui. Je suis capable du pire dans le plus grand calme.
Guillaume : Mais alors qu'est-ce qui vous choque dans la shoah si vous arrivez à avoir cet état d'esprit ?
MT : (silence) Ce qui m'intéresse dans Caligula ou Neron par exemple, c'est la jouissance qu'ils éprouvaient dans leur horreur. Une jouissance pure et sauvage. Alors que la mort des nazis était une mort mécanique, formelle, quasiment administrative, sans intérêt donc. C'est cela qui me révulse.
Guillaume : Mais vous ne répondez pas vraiment à la question.
MT : Certes.
Guillaume : Ce regard vous fait peur ?
MT : En tous cas il fait peur. Et c'est sans doute la seule chose en moi que je n'arrive pas à contrôler.
Guillaume : Vous l'avez souvent ?
MT : De temps en temps.
Guillaume : OK. Et donc pour en revenir aux revues SM les séances lambda qui étaient racontées, ça vous ennuyait.
MT : Oui, tout ce que je voyais dans ces récits, c'était de bon bourgeois qui s'encanaillaient. Ils jouaient, et ensuite ils rentraient chez eux.
Guillaume : Mais c'est un jeu pourtant...
MT : (elle me fusille) Non. Le jeu est un ingrédient. Le SM est un chemin de liberté, et comme tout chemin il doit être envisagé avec sérieux et implication totale.
Guillaume : Ça ressemble à une entrée en religion, si vous me permettez.
MT : C'est un parcours physique et mental âpre et délicat.
Guillaume : A ce sujet, j'ai rencontré certaines de vos collègues qui vous décrivent comme une extrêmiste, même si elles vous admirent.
MT : Ah bon, elles m'admirent ? C'est nouveau... Le SM offre la liberté d'aller jusqu'à l'extrême. Alors je suis une extrêmiste, si tu veux.
Guillaume : Vous êtes vraiment capable de tout ?
MT : Si ce n'était pas le cas, j'aurais complètement échoué.
Guillaume : Et la seule limite c'est la mort.
MT : Fatalement.
Guillaume : Ça vous frustre ?
MT : Sincèrement oui. Mais j'ai compris que la mort n'est rien à côté de certaines souffrances que je peux infliger. Penser à ça me redonne le moral. (elle se met à rire)
Guillaume : Sans vouloir vous froisser, vous ne croyez pas qu'il faut prendre du recul sur ce monde ? Relativiser ?
MT : Il faut en prendre de temps en temps, bien sûr. Mais lorsque tu vois un univers si proche de la réalité de l'humain, qui permet de sonder et d'explorer son âme, son esprit, son corps, sa sexualité, sa dignité, un univers aussi complet, alors tu fonces, et tu vis pleinement les choses. C'est un outil fantastique, bien plus fantastique que la politique ou la religion.
Guillaume : Je comprends. Mais c'est si sérieux que ça ? Je veux dire, vous prenez tout ça très au sérieux quand même...
MT : Je n'ai pas pris ce monde avec des pincettes. S'il y avait vraiment quelque chose avec lequel je ne pouvais pas prendre de recul et jouer un rôle, c'était bien ça. Le SM est un monde sérieux, parce qu'on explore ce que l'homme veut cacher à tout prix. Ça veut pas dire qu'on passe son temps à faire la gueule, mais le fond est sérieux, oui.
Guillaume : C'était l'explication de tout pour vous ?
MT : Pour moi oui. Ou plutôt : ça allait me permettre de tout expliquer.
Guillaume : On sort complètement du cadre sado maso classique alors.
MT : Oui, c'est un monde profond, qui a des liens avec beaucoup de choses : psychanalyse, philosophie, et même théologie. Les romans de Sade, par exemple, ne s'arrêtent pas à quelques délires sexuels de vieux pervers. Ça va très loin. On en parlait à l'instant avec Pasolini.
Guillaume : Vous aviez compris ça aussi jeune ?
MT : J'aurais été incapable de mettre des mots sur ce sentiment là à cet âge, mais je le pensais déjà, oui.
Guillaume : A partir de quand vous avez décidé de plonger complètement ?
MT : (elle rit) Le terme "plonger" n'est pas très adapté, il me semble.
Guillaume : Je voulais dire : foncer.
MT : Oui, j'avais compris... A 20 ans, j'ai quitté mes études, et je suis partie aux Etats Unis. J'ai senti que c'était ma voie.
Guillaume : Vous avez tout plaqué pour ça ?
MT : Bien entendu.
Guillaume : Et pourquoi là bas ?
MT : J'avais lu dans une revue que les meilleures dominatrices étaient là bas.
Guillaume : Votre père, qu'a-t-il dit ?
MT : Rien. Il n'était pas au courant exactement de ce que je voulais faire.
Guillaume : Vous arrivez aux USA, que faites-vous ?
MT : Mon visa en poche, j'arrive à Los Angeles, et je n'ai quasiment pas d'argent. Je gagne ma vie en faisant pom-pom girl (elle se met à rire) pour pouvoir payer ma chambre d'hôtel. Je fais les petites annonces de dominas et je n'en trouve pas qui acceptent de me recevoir. Je décide alors de partir sur San Francisco. Et là j'ai la chance de rencontrer Maîtresse Roxy, qui va m'accueillir chez elle. C'était une femme d'une quarantaine d'années, et elle m'adorait. Elle ne faisait pas payer ses soumis, mais elle m'a logée, nourrie et appris ce qu'elle savait.
Guillaume : Qu'avez-vous appris ?
MT : J'ai appris les bases, quelques techniques avec du vrai matériel, mais surtout j'ai compris une chose : les soumis gratuits ça ne marche pas. Combien en ai-je vu venir se faire corriger ou lécher des talons et repartir directement sans dire merci. Ça me rendait malade. J'ai compris que l'aspect financier était une contrainte, la plus dure à supporter pour eux. J'ai retenu la leçon dès le premier jour.
Guillaume : Vous en avez beaucoup, ou trop parlé sur votre blog, non ?
MT : C'est vrai, je l'ai souligné lourdement. Dans mon esprit, il n'y a rien d'incompatible entre la passion du SM et l'aspect financier. L'argent ne salit pas, il éclaircit les choses. Et je n'aime pas les profiteurs.
Guillaume : Et ensuite, qu'avez-vous fait ?
MT : Je me suis fortement engueulée avec Roxy au sujet de cette question d'argent. Elle n'avait pas les mêmes vues que moi. Alors pendant qu'elle allait travailler, je recevais des soumis dans son dos et je les dominais en les faisant payer. Elle l'a su, et elle m'a jetée dehors.
Guillaume : C'était pas très élégant de votre part, si vous me permettez.
MT : C'est vrai. Mais j'ai eu raison de le faire. Ça m'a beaucoup appris. Et puis je lui ai acheté du nouveau matériel. Mais ça n'a pas suffi à nous réconcilier, malheureusement.
Guillaume : Vous en saviez suffisamment pour ouvrir votre donjon ?
MT : Oui, si on peut dire. J'ai fait des petits stages chez d'autres dominas, mais je n'avais pas assez d'argent pour ouvrir mon premier salon. J'avais même du mal à joindre les deux bouts, mais je passerai les détails. Alors un jour j'ai répondu à une annonce d'un homme qui cherchait une jeune femme pour une petite séance sexuelle.
Guillaume : Une séance sexuelle ?
MT : Oui. Il voulait qu'une femme lui montre ses seins pendant qu'il se masturbait. Je suis allée le voir.
Guillaume : C'était pour l'argent ?
MT : Si ça avait été gratuit, je ne serais pas allée le voir ! Il fallait bien que je mange. Mais cette annonce m'avait beaucoup perturbée, car l'idée de mélanger le sexe à l'argent m'excitait. Je suis donc allée le rencontrer, et au bout de quelques rencontres il est devenu mon petit ami.
Guillaume : Mais ils vous payait toujours ?
MT : Bien sûr. Il m'entretenait littéralement. En même temps j'ai rencontré d'autres hommes pour jouer le même jeu.
Guillaume : Maîtresse, pardonnez-moi, mais ça s'appelle de la prostitution ça, non ?
MT : Moi je ne voyais pas les choses comme cela, et j'y prenais un plaisir énorme. Je jouissais et en plus j'étais payée, c'était parfait. Et puis j'avais beaucoup de choses à apprendre sexuellement, et je sentais en moi un gros potentiel érotique. J'avais besoin d'explorer cette face là en moi.
Guillaume : Vous avez rencontré beaucoup d'hommes ou de clients ?
MT : Un certain nombre, oui. J'ai également fait des partouzes sur Los Angeles, j'ai beaucoup appris sur les hommes, le plaisir, le cul en général, et sur moi même, j'ai beaucoup joui surtout (elle a les yeux qui brillent). Et je m'en suis mise plein les poches, ce qui ne faisait que décupler mon plaisir.
Guillaume : Là j'avoue que je tombe de haut, excusez-moi.
MT : (elle se met à rire) Oui, je comprends que lorsqu'on voit les choses de l'extérieur, on puisse trouver cela dégradant. Mais il faut bien comprendre que pour moi, ça a été une étape fondamentale. Il fallait que je passe par là pour explorer ma sexualité, l'apprendre, la maîtriser, et m'investir totalement. Au fur et à mesure, j'ai senti que je prenais un ascendant sur les hommes d'un point de vue sexuel. J'étais infatigable, j'en voulais toujours plus et ils ne pouvaient pas toujours donner ce que je voulais réellement.
Guillaume : Une domination par le sexe ?
MT : Exactement. Et l'autre point important était que je commençais à avoir une véritable passion pour l'argent. En même temps je ne faisais pas tout pour en avoir, j'ai refusé énormément de rencontres. Je ne faisais que ce qui me plaisait. J'ai évité les tocards et les plans glauques, heureusement.
Guillaume : Pardonnez cette question, mais vous étiez dans la rue pour faire ça, comme Pretty Woman ?
MT : Non, je faisais ça, comme tu dis, par petites annonces. Ou alors un type que j'avais rencontré me conseillait à des amis, ça marchait comme ça. J'ai fait pas mal de gang bangs d'ailleurs par ce biais.
Guillaume : On peut dire que vous êtes nymphomane ?
MT : Je pense que j'ai un don pour le sexe. Je suis totalement nymphomane, j'aime le sexe et j'y pense quasiment tout le temps. Donc je ne sais pas si le mot "pute" est adapté. Je dirais plutôt que j'étais et que je suis encore une vraie salope, comme on dit. Ce n'est pas une insulte pour moi, il n'y a rien de dégradant. (elle sourit) C'est un état de fait. J'ai de gros besoins sexuels.
Guillaume : Quelle énergie... Et votre petit ami n'a rien dit ?
MT : Non, il était fou de moi, il ne pouvait rien dire au risque de me perdre.
Guillaume : Aviez-vous des sentiments pour lui ? Et plus généralement, avez-vous une vision des hommes autre que : portefeuilles, incapables, soumis, etc ?
MT : (elle se concentre) Je n'ai pas eu de sentiments pour cet homme autres que l'affection. Ce qui est intéressant, c'est que sa passion pour moi a commencé au moment où je renversais les rôles, c'est à dire qu'il devenait dépendant de ma présence alors qu'à la base j'étais dépendante de son argent. Je n'ai jamais été passionnée sentimentalement, je me suis toujours méfiée des élans de coeur. J'ai ressenti de l'amour pour un jeune homme il y a quelques temps mais c'est resté très raisonné. Et globalement, je vois les hommes avec une certaine tendresse, c'est pour cela que je prends autant de plaisir à leur faire mal.
Guillaume : C'est horrible ce que vous venez de dire.
MT : (elle est surprise) Je suis une sadique, c'est normal.
Guillaume : Vous avez donc du fric assez vite ?
MT : Oui, à 23 ans, j'étais à l'aise financièrement. J'ai habité un temps chez une amie à Beverly Hills, et ensuite j'ai accueilli des soumis dans un meublé que j'avais un peu aménagé avec mon matériel. J'étais très fière.
Guillaume : Vous avez été bonne tout de suite ?
MT : C'est très prétentieux, mais oui, j'ai été bonne tout de suite. Techniquement, j'étais forte, j'avais beaucoup d'imagination. Parfois je faisais un truc en étant persuadée que c'était moi qui l'avait inventé, alors qu'en fait ça existait déjà. Mais ce qui me manquait c'était la psychologie.
Guillaume : Vous n'étiez pas psychologue ?
MT : Pas du tout. C'est venu après. Mais avant cela je suis passée par une étape qui était de me faire la main. J'ai reçu énormément de soumis, des grands, des gros, des petits, des minces, des masos, des fétichistes, des tarés, des cérébraux, de tout. (elle rit) Tout ce qui me tombait sous la main, je prenais. Je faisais exactement ce que je dénonce continuellement, c'est à dire de la prestation de services. J'étais une prestataire de services, je ne faisais aucune sélection. Je donnais au soumis ce qu'il venait chercher. Ça a duré des années.
Guillaume : C'est difficile à imaginer quand on lit votre weblog !
MT : Oui, je sais... J'ai rongé mon frein. Ces "clients", je les appelerai comme ça, m'ont permise d'approfondir mes techniques, d'aller plus loin, de me perfectionner. Dans mon esprit je me servais d'eux pour ça. Et c'est là aussi que j'ai défini ma notion de contrainte. C'est là que j'ai compris que le SM ce n'était pas ça et que je n'étais qu'un outil dans leurs mains si je continuais à leur rendre service.
Guillaume : Vous faisiez tout ça à LA ?
MT : Oui, je suis allée un temps sur Seattle, New York, Wilmington, Miami. Ensuite je suis partie sur Londres.
Guillaume : Quand vous arrivez à Londres, vous êtes la Maîtresse Trinity riche et puissante ?
MT : (elle rit) Pas tout à fait. J'ai dans ma poche quelques moneyslaves, un esclave en appartenance totale, et du matériel. Je m'installe dans le Kent, et j'ouvre un donjon très discret en ne travaillant qu'avec des petites annonces. (elle allume une cigarette) Ici je passe à une autre étape en fait. Je n'ai plus besoin de recevoir n'importe qui. Donc je sélectionne. C'était pas aussi drastique qu'aujourd'hui, mais je pouvais éviter certaines rencontres.
Guillaume : Au niveau de vos pratiques, vous faisiez déjà dans le très hard ?
MT : Pas tout à fait. J'avais fait des séances extrêmement violentes avec certains américains, mais certaines pratiques ne se faisaient pas trop à l'époque, tout ce qui est zoo, scato. L'uro en revanche, ils en étaient fous. Aux Etats Unis, j'étais réputée pour avoir la main lourde. Envoyer un client aux urgences ne me dérangeait pas.
Guillaume : Et maintenant, ça vous dérange ?
MT : (elle sourit) Non. Mais je fais attention.
Guillaume : En Angleterre, vous apprenez de nouvelles pratiques ?
MT : Oui. Je travaille beaucoup plus sur la patience, l'endurance, la psychologie justement. Je lis, je réfléchis beaucoup. Je me perfectionne en bondage et en suspensions. Je commence à mettre de l'esprit dans mes séances. Je fais quelques voyages également, notamment au Brésil et en Allemagne où je vais rencontrer des scatophiles et des zoophiles.
Guillaume : Si j'ai bien lu votre blog, vous aimez vous même ces pratiques ?
MT : Absolument. Je n'ai jamais cessé de pratiquer des sexualités extrêmes.
Guillaume : C'est un peu dégoutant quand même.
MT : C'est justement ça qui est jouissif.
Guillaume : Moi au départ, j'ai cru que vous ne faisiez que donner.
MT : Non non, je reçois aussi. Mais c'est pas une habitude.
Guillaume : OK. Donc c'est une étape importante pour vous, l'Angleterre ?
MT : Très importante. C'est aussi là bas que je fais le plein de moneyslaves. C'est là bas que je définis mon concept de l'esclavage. Et c'est surtout là bas que je comprends la nécessité de créer mon cercle, avec mes codes, ma vision, ma philosophie. L'endroit était propice à la méditation, il faut le dire. (elle rit) Le Kent, c'est un peu chiant.
Guillaume : Un moneyslave c'est quoi ?
MT : Tu devrais le savoir si tu es gynarchiste. C'est un esclave financier.
Guillaume : C'est très pratique.
MT : (elle sourit) Bien sûr, ils sont là pour être pratiques.
Guillaume : Finalement, pour vous, le SM n'a pas d'importance si c'est un outil ?
MT : Le SM est un outil, mais c'est un outil fantastique, je le répète. Je lui accorde de l'importance, mais il a moins d'importance que moi. C'est un outil destiné à me servir, c'est cela que j'ai compris là bas, justement.
Guillaume : C'était déjà le cas, non ?
MT : Plus ou moins. Je n'avais pas encore mis des mots sur mes impressions.
Guillaume : J'ai l'impression justement que vous construisiez quelque chose au fur et à mesure depuis le début ?
MT : Totalement.
Guillaume : Donc vous étiez toujours dans le calcul ?
MT : Non, on ne peut pas dire ça. Ma spontanéité servait mon calcul, et mon calcul servait ma spontanéité. Chez moi l'un ne va pas sans l'autre.
Guillaume : Vous repartez d'Angleterre et vous installez en France.
MT : Non, pas du tout. Je vais m'installer à Rome. C'était un rêve d'enfance. J'aime profondément l'Italie.
Guillaume : OK. Et vous êtes toujours prestataire de services, comme vous dites ?
MT : A cette époque, oui. Je continue de recevoir des soumis et des soumises du jour au lendemain, mais je veille à ne pas subir quoi que ce soit. J'évite ce qui me semblerait ennuyeux.
Guillaume : Est-ce que les fétichistes du pied vous ennuyaient déjà à cette époque ?
MT : (elle rit) A vrai dire, ils m'ont toujours ennuyée ! Ils me font surtout économiser du cirage.
Guillaume : J'ai l'impression que pour vous, un soumis c'est un type utile.
MT : Oui... Utile à mon plaisir, à mon confort, etc... En tous cas pour ceux qui veulent rentrer dans mon cercle.
Guillaume : En fait c'est de l'exploitation.
MT : Totalement... Tu sais les gens disent "esclaves" ou "serviteurs" mais ils n'ont jamais lu la définition de ces mots dans le dictionnaire visiblement.
Guillaume : Super pour la transition. Mon dada à moi c'est la gynarchie. Qu'en pensez-vous ?
MT : Je pense que c'est un dada formidable. (elle sourit)
Guillaume : Je voulais dire, vous vous y intéressez ?
MT : De loin. J'ai lu quelques conneries à ce sujet.
Guillaume : Vous n'êtes pas d'accord avec les thèses de d'Arbrant par exemple ?
MT : Je rejoins certaines choses et pas d'autres. Je n'adhère pas à l'idée d'une gynocratie par exemple. Ni au fait de me passer des hommes.
Guillaume : Là vous me surprenez. Vous ne pensez pas qu'un état régi par des femmes serait meilleur ?
MT : Non, je ne pense pas. Les hommes ont besoin de leurs joujoux. Le pouvoir politique et les responsabilités en sont. Je pense qu'il faut leur laisser le sale boulot. Les femmes n'ont pas nécessairement à se compromettre avec ces choses.
Guillaume : Mais le pouvoir aux femmes, c'est la base de la gynarchie.
MT : Les femmes ont déjà le pouvoir, mais la majorité d'entre elles ne le savent pas. Tout tourne autour d'elles et elles ne savent pas en profiter. C'est l'éminence grise qui a le pouvoir, pas le fantoche.
Guillaume : Pourquoi elles ne savent pas en profiter ?
MT : Parce qu'elles sont connes, majoritairement. Et c'est aussi une question d'éducation et de morale judéo-chrétienne bien sûr. Elles sont formatées par beaucoup de choses.
Guillaume : Mais nous les hommes, nous sommes formatés aussi.
MT : Exactement. Vous êtes formatés pour penser le contraire.
Guillaume : Alors si je dis : "les femmes à la maison" vous êtes d'accord ?
MT : Pourquoi pas, après tout... Les femmes à la maison pour profiter du fric rapporté par le mari, pour s'amuser et profiter de la vie, puisqu'elles sont douées pour la vie. (elle sourit avec malice)
Guillaume : Mais si l'homme n'était pas là pour ramener le fric, comment vous faites ?
MT : Alors la femme change de cheval. C'est d'ailleurs ce qui arrive souvent. Je lis quelquefois des petites annonces de rencontres, ça m'amuse. C'est hallucinant de voir le nombre de femmes qui demandent dans leurs critères de recherche : "bon niveau socio-culturel". Le salaire d'un homme est un élément déterminant dans leur avenir sentimental. D'ailleurs je connais peu de bombes sexuelles qui sortent avec des Rmistes.
Guillaume : C'est un peu dégueulasse, quand même, non ?
MT : Oui. Mais une femme malheureuse et qui manque de tout, c'est encore plus dégueulasse. La femme est faite pour le bonheur. Et il faut être un sacré gros plouc pour penser le contraire.
Guillaume : Vous pensez que les femmes sont aussi vénales et matérialistes que ça ?
MT : Visiblement c'est le cas. Les femmes désintéressées existent, bien sûr, mais enfin elles sont minoritaires.
Guillaume : Et qu'est-ce que vous pensez d'elles ?
MT : Il y a une bonne part d'hypocrites. Et pour les plus sincères, je n'en pense rien.
Guillaume : OK. Mais qui a le plus de mérite dans tout ça ? C'est l'homme, non ?
MT : C'est l'homme qui a le plus de mérite puisque c'est lui qui se fatigue. Mais le plaisir de vivre n'est pas affaire de mérite. Et le mérite ne lui confère pas le pouvoir, même si tout le système humain est basé sur cette fausse idée.
Guillaume : Donc les femmes ont besoin des hommes.
MT : Evidemment. C'est pour cela que je n'adhère pas aux thèses dont tu as parlées tout à l'heure. Financièrement je n'ai plus besoin d'hommes, mais j'en ai besoin pour mon plaisir sexuel par exemple. Il est inconcevable que je me passe d'un sexe masculin. Je les aime trop.
Guillaume : OK. Et donc les hommes sont des outils.
MT : Oui. Ce sont des serviteurs et ils sont utiles.
Guillaume : Mais ça entretient l'homme dans son illusion de pouvoir alors ? S'il garde des responsabilités par exemple ?
MT : Peu importe ce qu'il s'imagine. Il se fait les films qu'il veut. L'important est que la femme en profite allègrement et qu'elle ne soit pas prisonnière d'une situation. A elle de faire savoir à l'homme ou est la vraie dépendance.
Guillaume : Vous pensez qu'une femme entretenue est une femme libre ?
MT : Il y a une différence entre une femme entretenue et une femme qui se fait servir.
Guillaume : Je vois pas.
MT : La femme entretenue est sclérosée dans un rôle qu'on lui fait jouer, elle se sent diminuée et dominée. Et même contrôlée. La femme qui se fait servir est libre d'abuser d'hommes et de situations. Elle impose ses règles, elle crée une dépendance, elle perçoit l'avantage de sa situation, et elle en tire toute sa jouissance et son confort.
Guillaume : Mais elle est dépendante de l'argent de l'homme.
MT : Tu aimes bien te faire l'avocat du diable, toi.
Guillaume : Oui, mais je suis gynarchiste, je vous assure.
MT : Je sais... Nous sommes tous dépendants de l'argent. Du chef de l'état au dernier sdf. Ce qui est plus sûr, c'est que l'homme est totalement dépendant de la femme.
Guillaume : Pourquoi ?
MT : Parce qu'un homme qui se passe de femmes passe à côté de la vie et de tout ce qui est vivant. Je n'en connais pas beaucoup qui peuvent le supporter. D'autant que trouver et surtout garder une femme près d'eux est un véritable parcours du combattant. Ils font tous les efforts.
Guillaume : OK. Donc les femmes qui vont travailler, ça vous choque, si je suis votre raisonnement.
MT : Non. Elles ont certainement mieux à faire, mais si certaines s'accomplissent dans leur travail, libre à elles. Il y en a trop qui vont bosser parce qu'elles s'imaginent dominées par l'argent de l'homme. Pourtant l'argent de l'homme finit toujours par leur revenir, d'une manière ou d'une autre.
Guillaume : Donc, le matriarcat, tout ça...
MT : Fumisteries. La plupart des femmes gynarchistes sont de toutes façons des féministes haineuses qui cherchent à se venger. Elles n'ont rien compris à rien. Elles ne savent pas ou est le pouvoir. Le pouvoir est dans la manipulation. Plus elles prendront le pouvoir visible et plus ce seront les hommes qui les domineront en douce.
Guilaume : Vous pourriez donc vous marier et dilapider l'argent de votre époux ?
MT : (elle rit) Je n'ai pas été destinée à ça. Ce que je cherche à faire avec mes soumises, par exemple, c'est à les rendre libres, pour qu'elles se rendent compte du pouvoir qu'elles ont en elles et sur les hommes. C'est pour ça qu'elles ont un statut privilégié.
Guillaume : Mais vous croyez pas que toutes les femmes ne sont pas comme vous ? Que vous voulez les faire à votre image au fond ?
MT : Je crois que chaque femme à un pouvoir sur les mâles. Pas autant que moi sans doute. Mais elles en ont. La plupart d'entre elles auront un pouvoir sur un seul homme dans leur vie. Elles doivent en être conscientes et ne pas à en avoir peur, et apprendre à en jouir.
Guillaume : Moi j'adhère. Mais d'autres vont dire : "c'est moche, ou est l'amour dans tout ça ?"
MT : (elle sourit) Ça n'empêche pas l'amour. Mais il est stupide de croire que l'amour met à égalité.
Guillaume : L'homme est inférieur à la femme ?
MT : Des deux sexes, c'est la femme qui est la plus douée pour la vie sur cette planète.
Guillaume : Vous avez éprouvé de l'amour pour des soumis ou des soumises ?
MT : (elle réfléchit) Pour les soumis je peux avoir de l'estime, parfois du respect et même de l'affection. Mais pour les soumises j'ai une forme d'amour, très particulière, et c'est sans doute un amour de type maternel.
Guillaume : Maternel mais incestueux alors...
MT : Totalement incestueux.
Guillaume : Vos soumises sont mieux traitées que les soumis.
MT : Je traite durement les femmes. Au début, elles sont véritablement traitées comme des chiennes et elles en bavent. Mais par la suite, elles trouvent une place de choix.
Guillaume : D'accord. Et vous, à partir de quand on peut dire que vous êtes totalement indépendante des soumis ?
MT : Financièrement ? Dès que j'arrive en Angleterre. Là bas j'ai commencé à faire des placements immobiliers.
Guillaume : Après l'Italie, la France ? Vous étiez tricarde en Italie ?
MT : (elle sourit) Un peu, mais j'avais besoin de revenir en France... Je m'installe à Paris, et je ne fais quasiment plus de séances, en tous cas beaucoup moins qu'avant. Je voyage beaucoup, surtout. Ensuite, direction Bordeaux fin 2006.
Guillaume : Vous revenez sur les lieux de votre enfance en fait ?
MT : Oui. J'avais surtout besoin d'un point d'ancrage, pour mieux voyager et pour mieux revenir. Et Paris est assez éloignée de mon tempérament. Je déteste le stress des autres, l'impatience et la superficialité. Je dis pas que tous les parisiens sont comme ça... Mais j'ouvre donc un salon dans le quartier à putes de Bordeaux, et quelques mois plus tard, je décide d'apparaître sur Internet.